Il existe en politique l'idée selon laquelle il faudrait être aimé pour gagner. Jean-Luc Mélenchon, le candidat LFI à la présidentielle, semble depuis plusieurs années s'appliquer à démontrer le contraire. Il est l'une des personnalités politiques les plus rejetées du pays et fait l'objet, jusque dans son propre camp, de critiques qui dépassent largement le désaccord politique. Et pourtant, il reste là. Élection après élection, polémique après polémique, annonce après annonce de sa disparition prochaine. Pourquoi faudrait-il qu'un candidat soit aimé ?
La psychanalyse distingue depuis longtemps l'amour de l'identification. Nous pouvons nous identifier à quelqu'un sans éprouver pour lui une sympathie particulière. Nous pouvons même reconnaître quelque chose de nous dans une figure qui nous irrite. En politique, cette distinction est essentielle. L'électeur ne cherche pas toujours un candidat avec lequel il aimerait dîner. Il peut chercher celui qui donne une forme à sa colère ou désigne clairement ce contre quoi il entend se dresser. L'indifférence est probablement l'une des formes les plus radicales de disparition politique. On ne combat pas celui qui ne compte plus. Mélenchon produit exactement l'inverse. Ses déclarations sont commentées, ses colères disséquées, ses mots repris, ses ambiguïtés traquées.
Une partie de la gauche passe un temps considérable à expliquer pourquoi elle ne veut plus de lui. Voici le paradoxe. Celui dont on voudrait se débarrasser finit par occuper une place immense, précisément parce qu'on ne cesse de vouloir s'en débarrasser. La stratégie de diabolisation rencontre alors une limite.
Depuis plusieurs années, on accumule contre Mélenchon les qualificatifs censés le rendre infréquentable. Excessif, colérique, ambigu, radical, autoritaire. Mais leur entassement produit aussi une consolidation du personnage. Car, pour une partie de ses électeurs, être rejeté par les institutions, les médias ou les responsables politiques traditionnels peut devenir une preuve supplémentaire de sa différence. Si celui auquel je m'identifie me dit qu'il affronte un système qui ne veut pas de lui, son récit gagne en cohérence. Ses adversaires risquent de lui fournir gratuitement ce dont toute construction politique a besoin : un adversaire.
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