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Patrick Louis

ÉDITO. Mort de Federico Martin Aramburu : le puma mis à mort

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Azoka eta hiri erdia. Les halles de Biarritz, le temple des bonnes choses et du souvenir aussi. À un fumet des piquillos, pulpitos, fromages de brebis ou de tête et champignons de saison, la fresque rappelle aux habitués et oiseaux de passage (il n'y a pas que des palombes dans le coin), la belle et triste histoire de ce rugbyman qui avait traversé le "charco", cette flaque géante que l'on appelle aussi Atlantique, pour vivre sa passion sous les cieux d'aïeuls partis de Bayonne au milieu du XIXe siècle. Le soleil de son pays, le puma, le ballon, le Bouclier (il en a gagné deux…), les étoiles, les messages, le raccourci radieux en quelques coups de pinceau d'un passage trop bref mais si intense sur notre vieille terre. La disparition dramatique et si précoce de "Fede" Martin Aramburu a mouillé les yeux de La Plata où il a vu le jour à l'hiver 1980, de Perpignan, de Dax et même de Glasgow où il a pratiqué avec tant de générosité son art préféré, mais c'est ici, à l'ombre de la Rhune et des poteaux d'Aguilera que son absence reste insupportable plus de quatre ans après ce que l'on doit bien appeler son exécution. Dans ce quartier de Saint-Germain où les fidèles de la religion ovale ne manquent jamais de se recueillir, on ne compte plus les accrochages et les altercations lors des soirs de tournoi ou de Top 14. La terrible scène filmée dans la nuit du 18 au 19 mars 2022, à quelques heures d'un France-Angleterre décisif (au petit matin d'un dixième Grand Chelem pour les Bleus) échappe toutefois à la "folie ordinaire" qui accompagne et entache parfois les grands-messes du rugby. Même si les avocats de Loïk Le Priol et Romain Bouvier vont plaider, sans rire, non pas les balles perdues, elles sont trop nombreuses et trop bien ajustées, mais le crime sans motivation particulière, la fameuse "mort sans intention de la donner", on ne peut s'en satisfaire. La personnalité des deux accusés, leur lourd passé au sein du sinistre Groupement Action Défense, le GUD pour les intimes, les conduit devant les jurés précédés d'une inquiétante réputation. L'appellation "présumés innocents" qui prévaut jusqu'au verdict endosse ici un costume assez ridicule. Il convient de prendre en compte les éléments et les différentes séquences de ce mauvais enchaînement, peut-être quelques torts partagés au début de cette "affaire" à l'issue dramatique, mais rien ne peut justifier ni excuser la "résolution finale", peut-être, justement, sur fond de racisme, choisie par le ou les tueurs. Pour Aramburu comme pour ses frères rugbymen de tous les continents, Paris était une fête bien sûr. Une fête à jamais ternie par la bêtise sauvage d'adversaires sans crampons ni raison.
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