CHRONIQUE. Si le peuple renonce à mieux définir les contours de sa neutralité, il affirmera à la face du monde qu'elle est déjà à géométrie variable et en actera la dilution progressive. S'il choisit d'en clarifier le champ, il liera les mains de son gouvernement, écrit Marie-Hélène Miauton
La chronique de Marie-Hélène Miauton
Depuis 1999, notre chroniqueuse revient sur un événement de la semaine.
Retrouvez ses chroniques
Certains rejetteront l'initiative sur la neutralité comme ils adopteront les bilatérales III en 2028. Ce sont des europhiles qui appartiennent peut-être au petit groupe de citoyens qui, à terme, souhaitent même une adhésion à l'Union européenne. Car tout cela va ensemble, l'UE ne pouvant évidemment pas tolérer que ses membres ou presque membres, sous prétexte d'une impartialité pure et dure, désavouent ses décisions et ses principes. Par exemple reprendre les sanctions prononcées contre la Russie au moment de l'invasion de l'Ukraine, ce que l'initiative empêcherait. Ceux-là ne sont donc pas très attachés à la neutralité parce qu'ils ont choisi un camp et, même sans être d'accord avec eux, il convient de saluer leur cohérence politique.
D'autres diront non parce qu'ils apprécient les avantages que l'Union européenne apporte à la Suisse sur le plan des échanges commerciaux et de la libre circulation. Ils répugnent à froisser Bruxelles qui peut, dans un rapport de force légitime, nuire à nos exportations ou à nos interactions universitaires. Ils considèrent que la Suisse, petit pays qui connaît une prospérité sans proportion avec sa taille, a besoin de main-d'œuvre importée et de débouchés. Adeptes des accords bilatéraux plutôt que d'une adhésion à l'UE, ils admettent que la Suisse est gagnante lorsqu'elle navigue dans le flou et défend ses intérêts avant tout. Qu'elle renonce à une vision puriste de la neutralité en faveur d'une gouvernance souple au gré des événements leur semble donc bénéfique. Forts de cette vision pragmatique et quelque peu utilitariste, ils ne seront convaincus par aucun argument.
Le Temps publie des chroniques, rédigées par des membres de la rédaction ou des personnes extérieures, ainsi que des opinions et tribunes, proposées à des personnalités ou sollicitées par elles. Ces textes reflètent le point de vue de leurs autrices et auteurs. Elles ne représentent nullement la position du média.
(0)Comments