« Le verdissement urbain permet d'améliorer la résilience climatique en offrant des îlots de fraîcheur, en permettant l'absorption rapide de pluies abondantes, tout en améliorant la santé mentale et le sentiment de bien-être, et en encourageant les gens à s'activer physiquement », écrivent les auteures.
Il faut cesser de voir la pollution atmosphérique comme une fatalité et faire dès maintenant de la qualité de l'air un enjeu transpartisan et continuel, estiment les cosignataires.
Dre Pascale Bourgeois
Participante à l'Association québécoise des médecins pour l'environnement (AQME)
Patricia Clermont
Responsable de l'AQME, ainsi que huit cosignataires*
Alors que les actualités déversent quotidiennement évènements météorologiques, tensions géopolitiques, et bouleversements économiques, est-ce que c'est rêver que de réclamer des ciels bleus au cœur de l'orage ?
C'est pourtant ce que nous proposons, à l'Association québécoise des médecins pour l'environnement (AQME), en cette Journée internationale de l'air pur pour des ciels bleus. Comme l'ONU le rappelle, notamment : « La pollution de l'air est le plus grand risque environnemental de notre époque. Elle exacerbe également les changements climatiques, entraîne des pertes économiques et réduit la productivité agricole. »
Notre tempête contemporaine est intense, ravageuse, inquiétante. Elle est alimentée par les énergies fossiles et les projets de pipeline, et financée à même nos poches de contribuables.
Ces mêmes poches qui peinent à suivre l'inflation des coûts pour notre système de santé, lequel doit éponger les impacts de la pollution et des changements climatiques sur la santé humaine. On se le rappelle : la santé pèse pour 40 % du budget du Québec.
Or, les évènements climatiques extrêmes (incendies de forêts, inondations, vagues de chaleur, etc.) sont favorisés par les changements climatiques, on ne s'en sort pas. Les vagues de chaleur ont coûté 15 millions de dollars1 par an au Québec en soins de santé (coûts directs) entre 1990 et 2019, ces coûts étant appelés à croître au fil de la progression du réchauffement climatique en cours. Les incendies de forêts en Ontario ont coûté, en soins de santé seulement, 1,28 milliard de dollars2 du 4 au 8 juin 2023. La pollution de l'air cause 4000 décès par année au Québec, et le coût économique annuel lié aux impacts sanitaires de la pollution de l'air se chiffre à 120 milliards de dollars3 pour le Canada.
Des solutions possibles
Au cœur de cette tourmente, des gens continuent de croire à la possibilité et à la légitimité – à l'urgence ! – de réclamer un ciel bleu. Parce que des solutions sont possibles.
L'AQME a proposé une série de recommandations dans son Cadre de référence sur l'air4 et plaide constamment pour l'instauration d'une Stratégie nationale de l'air pur.
La sortie des énergies fossiles, à la fois source du réchauffement climatique et contribuant à la pollution de l'air, est urgente et nécessaire. Le verdissement urbain permet d'améliorer la résilience climatique en offrant des îlots de fraîcheur, en permettant l'absorption rapide de pluies abondantes, tout en améliorant la santé mentale et le sentiment de bien-être, et en encourageant les gens à s'activer physiquement. La mobilité active et le transport collectif permettent de limiter notre dépendance aux énergies fossiles, tout en combattant le fléau de la sédentarité, source de plusieurs maladies métaboliques, musculo-squelettiques, et notamment associée au cancer.
La campagne électorale actuelle est une autre occasion précieuse pour mettre de l'avant l'importance de la qualité de l'air, non seulement pour les gens et les communautés, mais aussi pour nos finances publiques et une économie plus saine. Il est plus que temps de cesser de traiter la pollution atmosphérique comme un évènement météorologique face auquel nous serions impuissants, ou comme un dommage collatéral du développement économique et de la nécessité de pouvoir se déplacer. C'est une responsabilité collective et gouvernementale que d'instaurer des conditions pour qu'il ne s'agisse plus de rêver à un coin de ciel, mais bien d'y travailler véritablement. Pour que respirer un air pur soit accessible à toutes et à tous.
Parce que ce n'est pas rêver que de réclamer un ciel, la qualité de l'air n'est pas un enjeu électoral : nous avons besoin qu'elle soit élevée au rang d'enjeu transpartisan et continuel, au-delà des élections et au-delà des journées dédiées à la qualité de l'air. Quel qu'il soit, nous attendons du prochain gouvernement qui sera élu dans un mois qu'il rappelle le projet de loi sur la qualité de l'air5 qui a été déposé avec l'accord unanime des élus et élues présentes à l'Assemblée nationale l'hiver dernier, qu'il l'adopte et le mette en œuvre.
Parce qu'un ciel plus bleu est essentiel.
*Cosignataires, membres de l'AQME : Johanne Elsener, médecin vétérinaire ; Dr Sylvain Chouinard ; Dre Dominique Bourassa ; Dr Sara Ghandour ; Melody Porlier, résidente en médecine d'urgence spécialisée, coprésidente de l'AQME ; Dre Claudel Pétrin-Desrosiers, coprésidente de l'AQME ; Dr Denis Lefebvre ; Dre Eve Riopel
1. Lisez « Chaleur extrême et coûts de santé au Québec »
2. Lisez « Les forêts brûlent et on flambe des milliards en coûts de soins de santé »
3. Lisez « Les impacts sur la santé de la pollution de l'air au Canada : Estimation de la morbidité et des décès prématurés – rapport 2021 »
4. Consultez le Cadre de référence sur l'air de l'AQME
5. Consultez le Projet de loi n° 497, Loi visant à assurer la qualité de l'air
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