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Samuel Douhaire

Sommet Lumière : un 'Davos du cinéma', oui, mais pour quoi faire ?

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Ce lundi 7 septembre, 200 décideurs issus de 65 pays se réunissent à la Fondation Maeght de Saint-Paul-de-Vence pour répondre aux grands enjeux qui bousculent l'industrie cinématographique. Haut lieu de l'art moderne et contemporain, la Fondation Maeght devient, ce lundi 7 septembre et pour quelques heures, la capitale du cinéma. Emmanuel Macron a en effet choisi ce cadre enchanteur des environs de Saint-Paul-de-Vence (Alpes-Maritimes) pour accueillir le gratin du septième art mondial au Sommet Lumière, que le président français a conçu avec le ministère de la Culture et le CNC (Centre national du cinéma et de l'image animée) et qu'il va coprésider avec son homologue sud-coréen Lee Jae-myung. Qui sera présent à ce Davos du septième art ? Pour quoi faire ? Et avec quels enjeux ? Décryptage. Les participants Quelque deux cent vingt invités issus de soixante-cinq pays sont attendus. Parmi eux, une vingtaine de ministres de la Culture du monde entier, mais aussi, et surtout, les patrons et patronnes des grands studios hollywoodiens (Dana Walden pour Disney, Donna Langley pour Universal, Tom Rothman pour Sony Pictures), le pdg de Netflix, Ted Sarandos, la vice-présidente du géant coréen CJ Group, Miky Lee, ou encore le cofondateur de la plateforme Letterboxd. « La quasi-totalité des dix plus grands exploitants mondiaux » de salles de cinéma devraient également être présents, assurait en juillet dernier le président du CNC, Gaëtan Bruel. Côté français, tous les grands groupes seront là, de Canal+ à Pathé en passant par Gaumont, France Télévisions ou Mediawan, ainsi que des poids lourds du cinéma indépendant, comme le producteur Charles Gillibert. L'incontournable Thierry Frémaux, délégué général du Festival de Cannes, viendra en voisin, tout comme son homologue à la Berlinale, Tricia Tuttle — mais pas Alberto Barbera, le directeur artistique de la Mostra de Venise, qui se tient au même moment. À lire aussi : Pourquoi Netflix, Disney+ et Prime Video se rebellent contre les règles de financement de la création française La dimension artistique (et glamour) du cinéma sera incarnée par Juliette Binoche, Isabelle Huppert, Pedro Almodóvar, Jim Jarmusch, Jia Zhangke, et au moins une douzaine de lauréats de la Palme d'or — dont Jane Campion, Hirokazu Kore-eda, Jafar Panahi, Ruben Östlund, Wim Wenders ou encore Sean Baker. Les enjeux Le constat a été dressé par Gaëtan Bruel lors de la présentation du sommet Lumière, fin juillet : « En 2019, on a vendu 8 milliards de billets de cinéma [dans le monde, ndlr], c'était 4,8 milliards en 2024. Il y a peu d'industries qui ont perdu quasiment la moitié de leur marché en quelques années. » Comment redonner au cinéma « sa place centrale » est ainsi devenu « une obsession pour de nombreux pays, qui viendront en France chercher des réponses le 7 septembre », assurait encore le président du CNC. Au-delà des salles obscures, le problème concerne l'ensemble des modèles économiques traditionnels des industries culturelles (télévision et jeux vidéo compris), tous concurrencés par des modèles low cost et / ou gratuits, comme les vidéos TikTok ou les microdramas. « Notre rapport à l'image est dans un moment de bascule inédit, a renchéri Vincent Florant, le secrétaire général du Sommet Lumière, interrogé sur la chaîne YouTube Boxoffice Pro le 3 septembre. Ce n'est plus la salle contre le streaming, le privé contre le public, la France ou l'Europe contre les États-Unis… L'ensemble de la création des images animées est 'challengé' par des nouveaux contenus qui, souvent, ne sont pas des œuvres et nous inondent, avec des conséquences économiques, mais aussi sanitaires [l'addiction aux écrans, la chute de l'attention, ndlr], voire civilisationnelles. » À lire aussi : Pour redynamiser Hollywood, Trump mise sur trois seniors du cinéma américain Les deux objectifs majeurs du Sommet Lumière seront donc de définir un diagnostic commun et d'apporter des réponses « concrètes » aux bouleversements qui menacent l'industrie. L'ampleur du défi à relever est telle qu'« aucun acteur, aucun pays, aucun studio ne peut imaginer [y] répondre seul », analyse Gaëtan Bruel. Convaincu comme Vincent Florant que « l'union fait la force », le président du CNC appelle à inventer « une nouvelle gouvernance globale de la filière », fondée sur « un multilatéralisme du cinéma ». Un multilatéralisme dans lequel l'Élysée entend jouer un rôle de premier plan, fort du poids de la France dans le secteur (notre pays est le troisième marché mondial du cinéma, derrière la Chine et les États-Unis), de la part de marché importante des productions tricolores (environ 40 % de la fréquentation des salles dans l'Hexagone, une proportion sans équivalent dans le reste de l'Europe), et d'un modèle de financement (via la taxe prélevée sur chaque billet et la chronologie des médias) envié par de nombreux pays — même le gouvernement très à droite de Georgia Meloni souhaite s'en inspirer pour l'Italie ! Bon courage toutefois pour convaincre un certain Donald Trump, ennemi acharné du « multilatéralisme » sous toutes ses formes… Le programme Le Sommet Lumière est organisé autour de quatre grands axes de réflexion. D'abord, la création dans « un monde de rupture technologique », avec des échanges autour de l'intelligence artificielle, du piratage, des convergences entre cinéma, télévision et jeux vidéo, ou encore de « l'articulation entre l'économie des créateurs de YouTube et les industries établies du cinéma et de l'audiovisuel ». Deuxième volet, le financement et le « partage de la valeur », avec les questions des sources de financement privées et publiques, des coproductions internationales et du rapprochement entre diffuseurs et plateformes. Autre sujet de réflexion, la place des publics et les enjeux de diffusion, avec des discussions sur la salle de cinéma, bien sûr, mais aussi sur l'accessibilité des œuvres à l'ère de l'IA et du cinéma indépendant. Enfin, la nécessité de « bâtir l'industrie d'avenir », un thème très large où il sera autant question de la numérisation urgente du patrimoine cinématographique que de la parité dans les environnements de travail ou de l'accélération de la transition écologique des productions. Les sessions plénières et les conférences seront publiques (certaines seront retransmises sur le site officiel de la manifestation après la clôture du Sommet), parallèlement à des ateliers thématiques plus restreints et à des rencontres bilatérales à l'abri des regards. Les résultats attendus Vincent Florant, son secrétaire général, l'a assuré jeudi 3 septembre : le Sommet Lumière sera « résolument tourné vers l'action ». Il promet des « annonces concrètes », notamment sur les tournages internationaux rapatriés en France et sur de nouveaux partenariats stratégiques concernant l'éducation à l'image ou le patrimoine cinématographique. Une « initiative majeure » en faveur du cinéma indépendant (« le cœur battant du cinéma dans le monde, sa recherche et développement, sa créativité, son avenir », selon Gaëtan Bruel) doit par ailleurs être annoncée, avec le soutien de plusieurs pays et de grandes personnalités du septième art présentes à Saint-Paul-de-Vence. Confirmation attendue ce lundi 7 septembre en fin d'après-midi ou en début de soirée.
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