OPINION. Pour Uli Windisch, professeur honoraire de l'Université de Genève et rédacteur en chef des «Observateurs», la neutralité n'est pas née dans les chancelleries mais dans l'expérience d'un petit peuple au milieu des grands. A l'approche de la votation du 27 septembre, il relit la légende de Tell – et y trouve une raison de voter oui
On m'objectera d'emblée que Tell est une légende. C'est exact, et c'est précisément pourquoi il faut le prendre au sérieux: une légende ne raconte pas ce qu'un peuple a fait, elle condense ce qu'il est. Or ce que dit la nôtre est d'une actualité troublante, à quelques semaines de la votation du 27 septembre sur l'initiative «Sauvegarder la neutralité suisse», pour laquelle je plaide ici.
Rappelons la scène. Sur la place d'Altdorf, le bailli Gessler fait planter un chapeau au bout d'une perche et ordonne à chacun de le saluer. Un chapeau vide: un pur symbole d'allégeance à un pouvoir lointain, qui n'exige rien d'autre que la soumission pour elle-même. Tell passe et ne salue pas. Tout est là. La neutralité suisse n'est pas autre chose que ce geste devenu politique d'Etat: ne saluer aucun chapeau, ne prêter serment à aucun empire, à aucune alliance, à aucun «camp». Non par lâcheté ni par indifférence, mais parce qu'un petit pays au carrefour de l'Europe ne préserve sa liberté qu'à cette condition.
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