Après un été d'incendies dantesques, il milite pour une grande loi de modernisation de la sécurité civile ainsi qu'une augmentation du budget qui lui est consacré.
L'été s'achève et avec lui, souhaitons-le, la campagne des feux de forêt. Les caméras se sont détournées, une autre actualité a déjà repris ses droits. C'est précisément maintenant que je souhaite prendre la parole, pas dans l'émotion mais quand plus rien ne vous oblige à nous écouter.
Je veux d'abord dire ma fierté et ma gratitude aux sapeurs-pompiers de France et aux forces de secours. Une nouvelle fois, ils ont répondu présent. Volontaires, professionnels, militaires, pilotes, agents des centres opérationnels, personnels administratifs et techniques ou bénévoles des associations et des réserves : chacun a pris sa part dans une mobilisation exceptionnelle. Dans toutes les Régions de France, ils ont protégé nos concitoyens, nos habitations et des forêts entières. Nous pensons aux victimes de ces feux et leur souhaitons une amélioration rapide et complète de leur situation.
Bien qu'on ait dû déplorer des pertes matérielles, l'engagement des sapeurs-pompiers et des acteurs du secours a permis de préserver l'essentiel : que ces feux à l'intensité sans précédent soient maîtrisés sans faire une seule victime civile.
Ils n'ont pas hésité, ils sont partis, mais quatre des nôtres ne sont pas revenus. À leurs familles et à leurs camarades, je veux dire que la communauté des sapeurs-pompiers ne les oubliera pas. Cette saison a eu son prix et nombre de nos collègues ont également été blessés dans leur corps ou dans leur tête ; ils porteront longtemps la trace de ces interventions. Leur action, leur courage et leur compétence ne sauraient dès lors être contestés.
Je tiens aussi à remercier celles et ceux qui nous ont soutenus pendant ces temps exigeants : les maires, les agriculteurs, les forestiers et les populations pour leur solidarité extraordinaire, les nombreux élus et les représentants de l'État venus sur les opérations, les journalistes qui ont montré aux Français ce que coûte réellement la protection d'un territoire. Ce soutien n'est pas anecdotique. Il porte quand la fatigue s'installe et que l'épuisement guette. Il rappelle que notre modèle de sécurité civile repose d'abord sur un engagement humain fort et continu.
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Nombre de nos collègues ont également été blessés dans leur corps ou dans leur tête ; ils porteront longtemps la trace de ces interventions
Et pourtant, la reconnaissance ne doit pas être saisonnière. À chaque crise, notre pays redécouvre l'engagement de ses sapeurs-pompiers, il mesure l'ampleur des risques auxquels nous faisons face. Puis le calme revient, les priorités changent et les décisions attendues, parfois depuis des décennies, sont trop souvent reportées. Pourtant les dangers, eux, ne disparaissent pas, bien au contraire : les inondations, les tornades et les tempêtes succèdent sans répit aux feux de forêt, s'ajoutant aux besoins de secours du quotidien.
Cette exigence ne s'adresse pas qu'aux pouvoirs publics. Elle concerne chacun d'entre nous. Aucun modèle de secours, si robuste soit-il, ne tiendra face à des crises qui se multiplient si la population reste spectatrice de sa propre sécurité. Trop de nos concitoyens ne suivent pas les recommandations des autorités. Trop d'habitations ne sont pas débroussaillées. Connaître les risques de son territoire, se former aux gestes qui sauvent, savoir quoi faire et ne pas faire quand l'alerte retentit : ces réflexes sauvent des vies avant même l'arrivée du premier engin. Les pays qui traversent le mieux les catastrophes sont ceux où chaque habitant devient le premier maillon de la chaîne des secours.
Le calme revient, les priorités changent et les décisions attendues, parfois depuis des décennies, sont trop souvent reportées
Le Beauvau de la sécurité civile, lancé en 2024, devait déboucher sur une grande loi de modernisation dont l'une des ambitions était de diffuser une culture de sécurité civile. Elle a été annoncée, promise par les ministres de l'Intérieur successifs. Plus de vingt ans après la loi de 2004, alors que le dérèglement climatique transforme en norme des événements hier exceptionnels, cette loi est toujours attendue en France. Y renoncer ou proposer un texte au rabais serait une faute : moderniser notre modèle en profondeur et de façon globale, ce n'est pas répondre à une revendication corporatiste, c'est préparer la France aux crises qui l'attendent et qui affectent sa cohésion et sa prospérité.
Il en va de même du budget de la sécurité civile et du financement des services d'incendie et de secours. Personne ne conteste aujourd'hui que leur modèle de financement atteint ses limites. Depuis plusieurs années, notre fédération formule des propositions concrètes pour assurer un financement plus durable et plus adapté aux risques contemporains. Chaque année, nos propositions sont rejetées au moment de voter le budget, souvent dans l'indifférence.
Le prochain projet de loi de finances offrira au gouvernement et aux parlementaires une nouvelle occasion de traduire les paroles en actes. Soutenir les sapeurs-pompiers lorsque les flammes menacent est un devoir mais leur donner les moyens d'agir durablement et de soutenir leur action lorsque l'émotion est retombée est une responsabilité.
Une politique régalienne
Enfin, j'adresse un message simple à toutes celles et tous ceux qui aspirent à diriger le pays : la sécurité civile doit devenir une politique régalienne de premier rang. C'est la condition de la résilience d'une nation confrontée à des crises qui ne feront que s'intensifier. Les Français devront aussi juger les candidats sur leur capacité à consolider ce modèle, à porter cette politique, à promouvoir l'engagement citoyen dans le volontariat, à préserver la santé et à reconnaître celles et ceux qui les protègent. Si besoin, nous serons là pour le leur rappeler.
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