REPÉRÉE — Elle signe 'Décolorer sa fille'. En cette rentrée littéraire, Lucie Bérard se fait remarquer avec son roman sur l'ambiguïté du lien mère-fille, qui entremêle images cinématographiques et poésie.
Sur le balcon d'une tour HLM, une mère décolore à mains nues les cheveux de sa fille. Lucie Bérard voit dans ce geste « un acte de transmission paradoxal » : corvée, douleur, et une certaine idée de la féminité. La scène inspire son premier roman, Décolorer sa fille. « J'avais le décor, un fil à tirer. »
Avant la littérature, elle se consacre au cinéma. Cinq ans d'études, des scénarios de courts métrages, ses « premiers gestes d'écriture ». À 20 ans, elle découvre la poésie, reçoit un retour encourageant d'une maison d'édition, qui lui lance un pari : pourquoi pas un roman ? « Un roman ! J'étais hyper impressionnée. » Pour créer la voix de son personnage principal, Paula, esthéticienne obsédée par la propreté, elle mélange cinéma et poésie. La minutie des gestes et des expressions pour dévoiler les émotions, « la part d'étrange ».
Ses références ? Marguerite Duras, Annie Ernaux, Georges Perec mais aussi les héroïnes « solitaires, d'apparence absolument banale » de la littérature japonaise contemporaine, de Banana Yoshimoto à Mieko Kawakami. Une littérature du quotidien. La sienne s'attache surtout aux relations entre femmes, à l'ambiguïté du lien mère-fille, où « l'amour peut souvent flirter avec l'emprise ». Un roman qu'on n'hésitera pas à qualifier de réussite sous les rires incrédules de la jeune autrice — « j'ai bien fait de venir ! »
r Décolorer sa fille, éd. Les Intranquilles, 254 p., 20 €.
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